Comment le style d'illustration change la perception d'une histoire

La même intrigue, dessinée de deux manières différentes, ne se lit pas de la même façon. La recherche sur l'illustration de livres pour enfants montre que le style façonne l'humeur, la préférence et même ce dont un lecteur se souvient.

Prenez le même conte de fées et confiez-le à deux illustrateurs différents, et ce n'est plus la même histoire à lire. L'un pourrait le rendre en aquarelle douce et rêveuse avec des ciels pastel ; l'autre en lignes de dessin animé audacieuses et saturées avec des yeux surdimensionnés et des sourires exagérés. Aucun illustrateur n'a changé un mot du texte, mais un lecteur ouvrant l'un ou l'autre livre vit une expérience véritablement différente avant même que la première phrase ne soit lue.

C'est parce que, pour la plupart des lecteurs — et surtout les jeunes — l'image arrive en premier. Un enfant regarde l'art avant de décider de lire les mots en dessous, et ce premier regard véhicule déjà une humeur : calme ou excitante, douce ou tendue, sûre ou un peu effrayante. L'illustration n'est pas une décoration enveloppant une histoire ; c'est l'une des deux langues dans lesquelles une histoire est réellement racontée.

Ce qu'une étude contrôlée a trouvé en ne variant que l'art

L'un des tests les plus directs de cela provient d'une étude publiée dans la revue Reading Psychology, dirigée par la chercheuse Lauren Scharff. Soixante et onze élèves de première et troisième année ont reçu l'une des neuf versions du même livre, ne variant que par le style d'illustration — réaliste ou plus abstrait, lumineux ou sombre — ainsi que par le fait que le livre contenait uniquement du texte, uniquement des illustrations, ou les deux. Chaque enfant a ensuite répondu aux quinze mêmes questions de compréhension.

Les résultats se sont divisés de manière intéressante. Le style d'illustration en soi n'a pas modifié de manière fiable la compréhension des enfants — une version lumineuse et réaliste et une version sombre et abstraite du même livre ont produit des scores de compréhension similaires. Ce que le style a clairement et constamment modifié, c'est la préférence : les enfants ont aimé les illustrations lumineuses et réalistes significativement plus que toute autre combinaison. La compréhension, quant à elle, dépendait beaucoup plus du fait que le texte et l'illustration étaient associés ou non — les enfants qui avaient les deux ont mieux réussi que ceux qui n'avaient qu'un seul des deux.

Pourquoi le sentiment change même quand les faits ne changent pas

Cette découverte pourrait sembler saper l'idée que le style compte — si cela n'affecte pas les scores de compréhension, est-ce vraiment important de quelle manière vous le dessinez ? Ce que l'étude n'a pas mesuré, c'est l'humeur, et c'est là que les illustrateurs et les éditeurs disent que l'effet réel du style réside. L'expression faciale et la posture d'un personnage sont parmi les premières choses qu'un jeune lecteur lit pour obtenir des informations émotionnelles, bien avant qu'il ne lise la phrase décrivant ce que ressent ce personnage. La couleur porte son propre signal en plus de cela : les palettes plus lumineuses et plus chaudes ont tendance à être perçues comme énergiques ou sûres, tandis que les tons plus sourds et plus froids sont perçus comme sombres ou troublés, et un décalage entre le ton réel d'une histoire et l'humeur de son illustration peut laisser un lecteur tranquillement confus quant à la façon dont il est censé se sentir face à une scène.

Le médium ajoute une couche supplémentaire. Un lavis d'aquarelle doux et un trait de dessin animé aux bords nets peuvent dépeindre la même scène — par exemple, un enfant entrant dans une forêt sombre — et produire deux registres émotionnels différents : l'un onirique et un peu incertain, l'autre vif et exagérément sûr. Rien de tout cela ne change ce qui se passe dans l'intrigue. Cela change la façon dont l'intrigue est perçue.


Choisir un style et le conserver

Le défi pratique que cela crée pour quiconque illustre un livre entier, et pas seulement une seule image, est la cohérence : une histoire dont le style artistique dérive de page en page — une double page picturale et douce, la suivante plate et caricaturale — demande au lecteur de réinitialiser constamment son sens de l'ambiance de l'histoire. WonderBooks illustre chaque histoire avec un style visuel cohérent maintenu sur chaque page de ce livre, de sorte que l'ambiance que l'art établit à la page un est toujours l'ambiance qui porte le lecteur à la dernière page.

La Reine des Neiges — couverture du livre — Wonder Tales
La Reine des Neiges → Un style d'illustration cohérent transmet l'ambiance à travers chaque page. Parcourir Wonder Tales →

C'est une question de métier, pas une affirmation d'avoir résolu ce que les chercheurs étudient encore — l'effet du style sur l'humeur est bien observé par les illustrateurs et les éditeurs, mais plus difficile à mesurer précisément que la compréhension. Ce qui n'est pas contesté, c'est que le choix est fait d'une manière ou d'une autre sur chaque page illustrée, et il façonne ce qu'un lecteur ressent avant d'avoir lu une seule ligne.

Questions fréquentes

Le style d'illustration affecte-t-il réellement la compréhension d'une histoire par les enfants ?

Pas beaucoup, selon le test contrôlé le plus proche : une étude dans Reading Psychology a révélé que la variation du style d'illustration (réaliste vs abstrait, lumineux vs sombre) ne modifiait pas de manière fiable les scores de compréhension. Ce qui affectait la compréhension était plus simple — le fait que les enfants aient à la fois du texte et des illustrations, plutôt que l'un ou l'autre seul. L'effet le plus clair du style dans cette étude était sur la préférence, pas sur la compréhension.

Les enfants préfèrent-ils certains styles d'illustration ?

Oui — la même étude de Reading Psychology a révélé que les élèves de première et troisième année préféraient significativement les illustrations lumineuses et réalistes aux versions sombres ou plus abstraites du même livre. Cependant, la préférence et la compréhension n'évoluaient pas ensemble ; le style que les enfants aimaient le plus n'était pas celui qui les aidait mesurablement à mieux comprendre.

Pourquoi les illustrateurs conservent-ils un style cohérent tout au long d'un livre ?

Parce que le style véhicule l'humeur, et une humeur qui change de page en page — douce et picturale sur une double page, plate et caricaturale sur la suivante — rend plus difficile pour un lecteur de maintenir un sens émotionnel stable de l'histoire. Un style unique et cohérent, même simple, permet à l'art de soutenir le ton de l'histoire en continu au lieu de le réinitialiser toutes les quelques pages.

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